Pourquoi je veux devenir dyslexique

Pourquoi je veux devenir dyslexique

La dyslexie n’est pas une tare. C’est un don. Et croyez-moi ou non, mais personnellement, je cherche à me connecter à se don. Tiens, ça a l’air de marcher, je me mets à faire des fautes… On va la laisser celle-là !

Depuis des années, j’ai dans un coin de ma tête le titre d’un livre, croisé au détour d’une recherche amazon : « Le don de dyslexie » de Ronald D. Davis. Le titre à lui seul est important car grâce à lui, j’ai regardé d’un œil nouveau tous les élèves « dys » qui passaient dans ma salle de classe… J’ai fini par le lire, quand même.

L’auteur est dyslexique lui-même. Et les premières pages font mal au ventre. Il raconte un épisode de sa vie d’écolier qui n’arrive pas à lire et l’humiliation infligée par le maître… et il conclut : »La prière de cet enfant est la raison de l’existence de ce livre. »

Je pourrais ajouter : »La prière de cet enfant est la raison de l’existence de ce blog. »

Alors pourquoi diable vouloir devenir dyslexique ???

Imaginez un monde d’unijambistes (pardon pour les unijambistes, c’est une métaphore…). Dans ce monde, tout le monde se déplace en sautant sur son unique pied, et personne ne se pose de question. C’est comme ça. Un jour, dans un famille très comme-il-faut, naît un enfant avec deux jambes… Les parents ne s’inquiètent pas outre mesure car Tom a l’air de se développer tout-à-fait normalement et n’est pas du tout gêné par sa difformité. Il rit, joue avec les autres enfants, apprend à marcher, à parler, entend bien…

A l’école, les enfants apprennent à bien sauter sur leur unique pied… Regardant ses petits camarades, Tom s’exerce lui aussi. Mais ses muscles, sur une seule jambe, sont beaucoup moins développés, et il ne cesse de tomber. La maîtresse le gronde, pensant qu’il fait le pitre. Tom trouve ça injuste. Il fait pourtant de son mieux. Les autres se moquent de lui. « Je ne suis pas normal, ils y arrivent tous mieux que moi. » Le cercle vicieux de la dévalorisation s’enclenche. Tom s’efforce de marcher « comme tout le monde », et invariablement, c’est « moins bien que les autres ». Sa deuxième jambe, sous-utilisée, devient une gêne, le déséquilibre, il ne s’en sert plus et voudrait l’oublier.

Je suis convaincue que l’enfant dyslexique est doué de facultés perceptuelles complètement différentes, et beaucoup plus efficaces, que la plupart d’entre nous. Des facultés que nous nommerions, nous les unijambistes, d' »extrasensorielles ».

Une maman me racontait : « Julie oublie tout. Surtout quand ça a un rapport avec l’école. Pourtant, il n’y en a pas deux comme elle pour retrouver un objet perdu. L’autre jour j’avais égaré mon portefeuille. Elle me dit : « Il est dans le placard derrière la pile de vêtements. » Lieu complètement improbable s’il en est. Il y était. Je l’avais déposé sur le bord de l’étagère et involontairement poussé en y rangeant une pile de vêtements. Je lui demande comment elle a fait. « C’est facile, je l’ai vu dans ma tête. »

Des histoires de ce genre sont légion dans les familles d’enfants dyslexiques. Le livre de Ronald Davis confirme ce phénomène et le décrit – tel que le perçoit l’auteur -, dyslexique lui-même. Il dit que sans bouger de sa place, il peut faire le tour d’un objet situé à deux mètres de lui et le décrire sous tous les angles. Comment ? Avec son « œil de l’imagination ». Notre œil de l’imagination à nous, unijambistes, se situe à peu près entre les deux yeux, c’est le point imaginaire à partir duquel on voit les choses. Si ma tasse est posée derrière mon écran d’ordinateur, je ne la vois pas, ou alors je dois me déplacer pour qu’il n’y ait aucun obstacle entre le point situé entre mes deux yeux et la tasse. Le dyslexique (celui qui utilise encore ses deux jambes avec joie et insouciance), peut très bien promener son « œil de l’imagination » derrière l’ordinateur et – ô stupeur – y découvrir une tasse à fleurs roses. Il se « promène » comme ça depuis qu’il est bébé.

La découverte de Ronald Davis est qu’un enfant dyslexique, pour se conformer à des activités abstraites telles que la lecture (faire le tour d’un mot ne nous dit pas comment le prononcer, c’est là tout le problème…) peut s’habituer à placer son œil de l’imagination au-dessus de son crâne, légèrement en arrière, le temps de l’activité.

J’ai testé avec une élève. Amélie semble la plupart du temps « absente », elle ne se mélange pas aux autres qui la trouvent « bizarre ». Elle est diagnostiquée dyslexique depuis le CP et répète constamment que « de toute façon [elle est] nulle ». Là où elle se montre enthousiaste, c’est dans la création d’histoires. Son imagination est débordante.
Je l’assois sur une chaise et lui demande de tendre une main, ouverte devant elle, d’y imaginer une part de tarte. Elle n’aime pas la tarte et préfère imaginer un chaton couché en rond sur sa paume… Allons-y pour le chaton…
Je lui demande où elle situerait le point à partir duquel elle regarde le chaton imaginaire. Elle me montre un point entre ses deux yeux.
« Maintenant je vais te demander de saisir ce point, cet œil de l’imagination, et de le déplacer dans l’espace. » Je guide sa main. « Que vois-tu ? » Elle me décrit le chaton, vu sous un autre angle. Bien. « Et maintenant nous allons déplacer l’œil de l’imagination ici. » Je guide sa main au-dessus de sa tête, légèrement en arrière. Comment vois-tu le chat maintenant ? »
« Ben… je le vois pas. Y a ma tête… »

Édifiant. J’avais omis l’étape où il fallait demander à l’enfant d’imaginer que sa tête était translucide…

Cette expérience m’a prouvé le bien-fondé de l’explication de l’auteur : un enfant dyslexique perçoit le monde d’une manière multidimensionnelle, et c’est la manière dont il percevra cette particularité qui en fera un handicap… ou un don !

 

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